Analyse biomécanique du bench press en powerlifting

1. Introduction

En powerlifting, le bench press constitue l’un des trois mouvements de compétition, avec le squat et le deadlift. Contrairement à une pratique orientée fitness ou hypertrophie, le bench press en powerlifting vise une production maximale de force dans un cadre technique normé (barre en pause sur la poitrine, trajectoire contrôlée). L’analyse biomécanique de ce mouvement permet d’identifier les stratégies mécaniques utilisées par les athlètes afin d’optimiser la performance tout en limitant les contraintes articulaires.

2. Spécificités biomécaniques du bench press en powerlifting

Le développé couché en powerlifting se distingue par plusieurs adaptations techniques influençant directement la biomécanique du mouvement :

  • Cambrure lombaire accentuée (arche)
  • Rétraction et abaissement scapulaire permanents
  • Trajectoire de barre optimisée
  • Amplitude de mouvement réduite dans le respect du règlement

Ces éléments modifient les bras de levier et les moments articulaires, principalement au niveau de l’épaule.

3. Description du mouvement

Le bench press peut être divisé en trois phases :

3.1 Phase excentrique

La barre est descendue de manière contrôlée jusqu’au contact avec la poitrine.
Sur le plan articulaire :

  • Flexion du coude
  • Adduction horizontale contrôlée de l’épaule

Les muscles pectoraux, le deltoïde antérieur et le triceps brachial travaillent en excentrique. Cette phase prépare la production de force lors de la remontée.

3.2 Phase de pause (spécifique powerlifting)

La barre est immobilisée brièvement sur la poitrine, conformément aux règles de compétition.
Cette pause supprime partiellement le bénéfice du cycle étirement-raccourcissement, augmentant ainsi les exigences de force concentrique pure.

3.3 Phase concentrique

La montée de la barre repose sur :

  • Une extension progressive du coude
  • Une adduction horizontale de l’épaule

Le grand pectoral est fortement sollicité en début de poussée, tandis que le triceps brachial devient prépondérant à mesure que le coude s’étend.

4. Trajectoire de la barre et optimisation mécanique

Les analyses cinématiques montrent que les powerlifters expérimentés adoptent une trajectoire de barre non verticale, généralement décrite comme un « J inversé ». La barre se déplace initialement vers l’arrière (vers les épaules) avant de remonter verticalement.

Cette trajectoire permet :

  • Une réduction du bras de levier au niveau de l’épaule
  • Une meilleure transition de force entre pectoraux et triceps
  • Un passage plus efficace de la sticking region

5. Moments articulaires et sticking region

La sticking region correspond à une zone de désavantage mécanique caractérisée par une chute de la vitesse de la barre. Elle apparaît généralement peu après le décollage de la barre de la poitrine.

D’un point de vue biomécanique :

  • Le moment articulaire à l’épaule est maximal
  • Le bras de levier musculaire du pectoral diminue
  • Le triceps n’est pas encore dans sa zone optimale de production de force

La compréhension de cette zone est centrale dans l’entraînement spécifique du powerlifter.

6. Activité musculaire spécifique au powerlifting

Les données EMG indiquent :

  • Une activité élevée du grand pectoral en début de phase concentrique
  • Une augmentation progressive de l’activation du triceps brachial
  • Une co-contraction importante des muscles stabilisateurs de l’épaule

La stabilisation scapulaire (trapèzes, rhomboïdes, dentelé antérieur) est essentielle pour maintenir une transmission efficace de la force.

7. Contraintes articulaires et prévention des blessures

Le bench press lourd génère des forces importantes au niveau de l’articulation gléno-humérale. Les facteurs de risque spécifiques au powerlifting incluent :

  • Une prise excessivement large
  • Une perte de rétraction scapulaire sous charge
  • Une descente trop rapide de la barre

La prévention repose sur :

  • Le maintien d’une stabilité scapulaire active
  • Un contrôle strict de la phase excentrique
  • Un renforcement ciblé de la coiffe des rotateurs

8. Implications pratiques pour l’entraînement en powerlifting

L’analyse biomécanique du bench press permet d’orienter l’entraînement vers :

  • Le travail spécifique de la sticking region
  • L’optimisation de la trajectoire de barre
  • Le renforcement ciblé des triceps et stabilisateurs de l’épaule
  • L’adaptation technique à la morphologie de l’athlète

9. Conclusion

Le bench press en powerlifting est un mouvement hautement spécialisé, dont la performance repose sur une optimisation fine des leviers mécaniques et de la coordination neuromusculaire. Une approche biomécanique permet d’éclairer les choix techniques et d’améliorer à la fois la performance maximale et la durabilité articulaire de l’athlète.

10.Applications terrain pour le coach et le powerlifter

L’analyse biomécanique du bench press n’a d’intérêt que si elle peut être traduite en choix techniques et méthodologiques concrets sur le terrain. Cette rubrique vise à faire le lien entre la théorie biomécanique et la pratique du powerlifting.

10.1 Optimisation technique du bench press

D’un point de vue biomécanique, plusieurs ajustements techniques permettent de réduire les moments articulaires défavorables et d’améliorer la transmission de force :

  • Rétraction et abaissement scapulaire permanents
    → Augmente la stabilité gléno-humérale et réduit le bras de levier à l’épaule.
  • Trajectoire de barre oblique contrôlée
    → Améliore le passage de la sticking region en optimisant les leviers mécaniques.
  • Alignement poignet–avant-bras–barre
    → Limite les pertes de force et les contraintes inutiles au niveau du coude.

Ces éléments doivent être adaptés à la morphologie individuelle de l’athlète (longueur des bras, largeur d’épaules, mobilité).

10.2 Travail spécifique de la sticking region

La sticking region représente une priorité d’entraînement en powerlifting. Sur le plan pratique, elle peut être ciblée par :

  • Bench press avec pause prolongée
    → Augmente la force concentrique initiale.
  • Spoto press
    → Maintien de la tension mécanique sans appui sur la poitrine.
  • Pin press / floor press
    → Travail ciblé du triceps et des angles articulaires critiques.

Ces variantes permettent de modifier les moments articulaires et de renforcer les zones de désavantage mécanique.

10.3 Choix des exercices complémentaires

L’analyse biomécanique permet d’orienter le choix des exercices accessoires :

  • Renforcement du triceps brachial
    (extensions lourdes, dips contrôlés, bench prise serrée)
  • Travail de la stabilité scapulaire
    (rowings, face pulls, Y-T-W, travail du dentelé antérieur)
  • Renforcement de la coiffe des rotateurs
    → Prévention des déséquilibres et amélioration de la transmission de force

Ces exercices contribuent à la durabilité articulaire, essentielle dans une pratique à long terme.

10.4 Individualisation de la technique

D’un point de vue STAPS, il est essentiel de rappeler que la technique optimale n’est pas universelle. Les paramètres biomécaniques varient selon :

  • Les leviers anatomiques
  • Le niveau de force
  • L’historique de blessures
  • Les règles fédérales appliquées

Le rôle du coach est d’identifier la solution mécanique la plus efficiente pour chaque athlète, et non d’imposer un modèle unique.

10.5 Prévention des blessures en powerlifting

Sur le terrain, la prévention passe par :

  • Un contrôle strict de la charge et du volume
  • Une technique reproductible sous fatigue
  • Un renforcement équilibré des muscles stabilisateurs
  • Une gestion intelligente de l’intensité proche du 1RM

Une approche biomécanique permet d’anticiper les zones de surcharge et d’ajuster l’entraînement en conséquence.

Conclusion générale – approche STAPS et powerlifting

L’intégration des connaissances biomécaniques dans l’entraînement du bench press permet au coach STAPS et au powerlifter de dépasser une approche purement empirique. En reliant théorie scientifique, observation terrain et individualisation, il devient possible d’optimiser durablement la performance tout en réduisant le risque de blessure.

Références bibliographiques 

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